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Le 26 mars, l’idée d’un nouveau CNR était déjà dans l’air…

La pandémie conduit plusieurs spécialistes à exprimer un constat que de nombreuses associations, mouvements, organisations politiques, ne peuvent que partager :

« (…) ce sont précisément ce type de mesures adoptées aujourd’hui pour faire face au coronavirus, qui pourraient être prises demain, pour contrecarrer les deux grands phénomènes qui menacent à plus long terme la stabilité et la prospérité du monde : le changement climatique et l’érosion de la biodiversité »  Stéphane Foucart ( Le Monde du 16 mars)

« Alors que nous sommes parfaitement capables de traiter la pandémie pour ce qu’elle est – une urgence absolue nécessitant des mesures radicales sur la base d’avis scientifiques, nous sommes à l’évidence incapables de faire de même pour le changement climatique » François Gemenne (membre d’un groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) et Anneliese Depoux (chercheuse du groupe international de recherche sur la santé et le changement de climat)

Ces spécialistes  expriment leur pessimisme quant à la possibilité de faire entendre leurs points de vue communs, malgré leur évidence. Ils font des constats réalistes : « soyons réalistes, le cerveau occidental est ainsi fait qu’il porte bien peu d’attention aux catastrophes lentes »,  et encore : «le virus représente un danger concret, proche et immédiat. A l’inverse, nous avons encore l’impression que le changement climatique se produira d’abord pour les autres, dans le futur et ailleurs »

Très vieil homme et simple militant, tout aussi réaliste, je persiste à penser qu’il existe  un argument décisif permettant de surmonter ces constats. Je l’ai exprimé pour la première fois en 2017 dans un texte qui a reçu un bon accueil « AVANT QU’IL SOIT TROP TARD » :

 « Ce sont nos enfants et petits-enfants qui vont connaître un avenir imprévisible exigeant des changements radicaux dans nos modes de vie. » Tous les adultes sont en mesure de comprendre que ce fait, indéniable, ne concernera pas seulement les autres. Mais pour que leurs cerveaux occidentaux demeurent sensibles à l’idée que les catastrophes lentes auront des effets  dès demain, et pas seulement ailleurs et pour les autres, il importe que la conscience du danger soit entretenue au moyen d’une information intelligente, pédagogique, indiscutable, planifiée. La pandémie ne donne pas un exemple à suivre mais elle montre qu’une mobilisation des moyens de communication est possible et efficace.

Cette pandémie, nous offre une occasion  opportune pour analyser  le problème. Le 16 mars, le président Macron a déclaré : « Nous sommes en guerre, (…) nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là invisible, insaisissable (…) cela requiert notre mobilisation générale ». Le ton convient très bien à sa conception du pouvoir. Le concept mobilisation est justifié car il n’est pas réservé au domaine militaire. On verra plus loin  que le terme guerre mérite discussion, mais les faits montrent que notre société n’a pas besoin d’une mise au pas mais du développement de la coopération citoyenne. Plus surprenant : « il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour » et encore « notre état-providence (…) bien précieux, atout indispensable (…) il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Expression d’un trouble, peut-être, stratégie politique, certainement : en témoigne le fait que ses « réformes » ne sont que « suspendues ».  La classe sociale, celle des gagnants qu’il symbolise avec arrogance a besoin de croire et de faire croire que les lois du marché sont immuables. Que « There is no alternative » ! Et pourtant, curieusement, dans cette « situation exceptionnelle » il devient possible de trouver une alternative … en s’affranchissant des critères de Maastricht.

La situation qui nous occupe ici, n’est pas « exceptionnelle », elle est infiniment plus grave que pandémies et guerres, parce que destinée à durer pendant des temps inimaginables, contrairement à toutes les épreuves qu’a connues l’humanité. La disparition des espèces passe inaperçue mais en est sans doute le signe le plus dramatique. Il va falloir arrêter toutes les activités polluantes, diminuer drastiquement celles qui produisent du CO², les activités parasites   basées sur une consommation effrénée de biens inutiles et de leurs emballages  finissant dans l’estomac des animaux marins. Arrêter la publicité, le tourisme de luxe etc.

Il va falloir reconvertir des millions d’employés, en obtenant leur adhésion (cf. les expériences des pays scandinaves). De nombreux économistes et de sociologues ont la compétence et la volonté permettant de décrire ces impératifs, d’en évaluer le prix, mais aussi  définir les « dépenses d’investissements », qui rapporteront en termes de qualité de vie : santé, régénérescence des terres agricoles,  construction de bâtiments à énergie positive, de voies cyclables, etc.  Entretenir la conscience du danger devrait être un objectif essentiel pour les temps qui viennent.

A cet effet, la dernière guerre mondiale nous offre des enseignements. En France, de septembre 1939, à juin 40  la radio diffusait plusieurs fois par jour, non pas de l’information mais « des communiqués » A l’arrière, la vie continuait, protégée par la ligne Maginot  et une chanson en vogue prétendait que « Nous irons pendre notre linge  sur la ligne Siegfried », on connaît la suite.

En Grande Bretagne, durant 4 ans, les bombardements continus empêchaient d’ignorer le danger et la vie a continué d’une manière remarquable : les restrictions  ont été organisées d’une manière particulièrement  intelligente, avec lait dans les écoles, menus diététiquement établis pour les cantines ouvrières. Des habitudes alimentaires ont dû changer et une étude a révélé que les citoyens pauvres ont vu leur santé améliorée et leur espérance de vie notablement augmentée. Des changements qualitatifs peuvent donc être anticipés .

Il est donc urgent d’organiser cette prise de conscience du réchauffement climatique, en diffusant d’une manière planifiée des informations quotidiennes à cet effet. Non pas des« nouvelles du front » mais des reportages sur des faits spectaculaires qui se produisent « ailleurs », ou même en France, mais aussi et surtout qui mettent en valeur des initiatives, des réalisations qui concernent les changements indispensables. La pollution de l’air, de la terre de l’eau, les encombrements routiers devraient être des occasions pour évoquer les modalités de cette reconversion qui devra impérativement être  réalisée de façon à ce que les travailleurs y trouvent assez de satisfactions pour accepter certains sacrifices ( cf.les pays scandinaves).

Des livres, articles, conférences, vidéos, films, très nombreux traitent, avec la compétence que je n’ai pas, tous ces sujets. Les auteurs n’ont pas attendu Macron pour «  interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour » mais d’une manière un peu désespérée. Ils  savent ce qu’il faudrait  faire, mais  ne voient pas comment et semblent en effet douter que le cerveau occidental permette d’en tirer les conclusions.

 Edgar Morin,  donne la clé pour lever ce doute : « nous ne sommes pas en guerre mais en état de résistance » et  offre un débouché à ma réflexion et à mon « un argument décisif » !   

Chaque jour, des voix qui portent font des propositions. Le 19 mars, dans les pages « Idées » du Monde, des personnalités très connues signent un appel qui, dans le titre, utilise le mot : « Après le confinement, il nous faudra entrer en résistance climatique ». Mais elles cantonnent curieusement celle-ci à « une décroissance énergétique mondiale ».

Pendant la Résistance, dont Morin était un des acteurs,  dès sa création en 1943, le Conseil National de la Résistance, C.N.R., a entrepris la rédaction d’un programme « qui va traduire la volonté unanime de mener à bien, à la Libération, un ensemble de réformes politiques, économiques et sociales. La planification y occupe une place non négligeable »

Face au péril, nous avons besoin d’une nouvelle volonté unanime, qui envisage une planification appropriée à la situation. Les graves défauts de la planification soviétique, les crimes de Staline, et le règne de la loi du marché  ont longtemps disqualifié l’idée même de la planification. Un des livrets de La France insoumise en 2017, a cependant osé y consacrer un de ses livrets : « La planification écologique » et présenter celle-ci comme son objectif majeur…

Les « propositions pour sortir du productivisme » ne sont qu’esquissées et souhaitent  organiser « le débat démocratique ». Surmontant les désaccords secondaires, nouvelle volonté unanime, pourrait prendre en compte ce document »  et en élargir le champ.

Pour ma part, je peux encore contribuer dans le champ de mes compétences, à un Plan  faisant suite, pour notre époque, au PLAN  LANGEVIN WALLON (mars 1944) – (2) mais je ne peux que demander à toutes  personnes de ma connaissance d’interpeller les très nombreuses associations , organisations politiques, syndicat, qui sont conscients du péril pour qu’elles organisent sans tarder LA RESISTANCE au sein d’un NOUVEAU CONSEIL NATIONAL …                                             

Raymond Millot, le 26.03.20     

Pour Pierre Dardot et Christian Laval – auteurs de « Commun. Essai sur la révolution au XXI siècle » déclarent le 19 mars que :«  la pandémie du Covid 19 met à l’épreuve la capacité des organisations politiques et économiques à faire face. « Ce que nous vivons laisse entrevoir ce qui, avec le changement climatique, attend l’humanité dans quelques décennies si la structure économique et politique du monde ne change pas »                             

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